Publication de mon livre L’impératif cosmique – L’avant-garde russe du 19e siècle

 

L’humanité doit aller dans l’espace, comme les poissons ont dû sortir hors de l’eau. Dans un passé très reculé, cet impératif fut exprimé par un discours religieux. À l’aube du XIXe siècle, alors que la connaissance scientifique et les moyens techniques explosent, cet impératif n’est plus seulement prophétique, mais exige une réalisation ici et maintenant. C’est tout du moins ce que certains intellectuels pensèrent dans la Russie tsariste. Enjeux religieux, politiques et techniques se croisent sur ce territoire, qui hésite encore entre l’industrialisme occidental et la recherche d’une voie propre, eurasiatique. L’appel du cosmos incarnera cette voie propre, mais la Russie entend néanmoins y emmener l’Occident, et, à sa suite, le monde entier.

Dans ce premier volume, il ne sera question que de cet élan russe. Dans un deuxième volume à paraître, il sera montré comment celui-ci s’est réalisé, en Russie puis en Union soviétique, mais aussi au-delà. Le monde occidental s’élance lui aussi à la conquête de l’espace, mais les motivations profondes de cette entreprise lui échappent. Même l’Union soviétique ne comprit pas le rêve russe initial. C’est alors que l’espace fut réduit à des enjeux militaires, et la fascination qu’il suscita naguère auprès du grand public en ressortit très affaiblie en fin de XXe siècle. C’est pourquoi, dans un troisième et dernier volume, nous exposerons comment mais surtout pourquoi revitaliser l’intérêt pour la conquête spatiale. L’humanité a sombré dans un terrible pessimisme après les deux guerres mondiales du XXe siècle, à tel point qu’elle aurait désormais honte de coloniser d’autres mondes. Ce qui ne l’empêcha pas de s’abîmer dans un consumérisme destructeur de notre planète. Dans de telles dispositions morales, il vaut mieux en effet prévenir l’humanité de conquérir d’autres planètes, si elle n’est capable de rien d’autre que d’exploiter.

Mais ce n’est pas ce à quoi nous enjoint la philosophie de la conquête spatiale, telle qu’elle fut formulée dès la fin du XIXe siècle russe par les tenants de ce que l’on appelle le « cosmisme russe ». Pour des penseurs comme Nikolaï Fiodorov ou Vladimir Odoïevski, il s’agit bien plutôt de donner un nouvel objectif aux sciences, celui de faire grandir l’humanité en lui donnant accès à l’infini. Nous souffrons sur Terre de misère morale, la misère économique n’en étant que la conséquence. L’espace infini doit nous donner un nouveau souffle optimiste en proposant quelques solutions aux grands défis de notre siècle  : protéger l’environnement, rompre avec les concentrations urbaines, ou faire triompher la démocratie en prise avec une technocratie imbue de sa science. Il s’agit exactement des mêmes défis que ceux auxquels firent face les intellectuels du XIXe siècle, en Russie ou ailleurs, à la différence près que ces derniers avaient confiance en l’homme. Si nous pouvions allier l’amour de l’humanité à nos moyens techniques actuels, il naîtrait une nouvelle science, un nouveau rapport au monde et à la nature, une nouvelle place donnée à l’homme dans la nature, à la fois morale et sans limite.

Il ne s’agit pas de démesure. Au contraire, il s’agit de s’accorder avec la véritable nature illimitée de l’homme, pour qui toute frontière est mesquine. Par humanisme, certains combattirent le nationalisme. Toujours par humanisme, la philosophie de la conquête spatiale exige d’abolir toutes frontières. Nous vous proposons de le découvrir en poursuivant la lecture : répondre à l’appel des espaces cosmiques est le seul humanisme répondant aux défis nouveaux de notre temps.

 

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